La Grand-Combe : 45 % de pauvreté (8e ville la plus pauvre de France, 1re du Gard, niveau de vie inférieur d'un tiers à la moyenne nationale). 31 ans de gestion communiste. La récompense de Patrick Malavieille : la Légion d'honneur. Source INSEE Filosofi, juillet 2026.

La Grand-Combe : que récompense-t-on exactement ?

Le 25 juillet 2026, un classement établi à partir des données de l’INSEE (dispositif Filosofi) est venu rappeler une réalité que les Cévennes ne connaissent que trop bien. La Grand-Combe figure parmi les trente communes de France où le niveau de vie médian est le plus faible : 16 360 euros par an, quand la médiane nationale s’établit à 25 840 euros. Un tiers de moins. La même publication classe la commune parmi les dix villes françaises où le taux de pauvreté dépasse 45 %. Dans tout le département du Gard, une seule commune fait moins bien : le village de Roquedur. La Grand-Combe est donc, au sens statistique, la ville la plus pauvre du département.

Ce n’est pas un accident de série. En 2019, l’INSEE y mesurait un taux de chômage de 40,2 %, le plus élevé de France métropolitaine pour une commune de plus de mille habitants. Le quartier de Trescol, classé quartier prioritaire, dépasse les 50 % de pauvreté. La population, elle, a fondu : 14 565 habitants en 1954, 4 837 en 2022. Deux tiers des Grand-Combiens ont disparu du recensement.

Niveau de vie médian

16 360 €

France : 25 840 €

Taux de pauvreté

45 %

8e commune de France

Population

−67 %

14 565 en 1954 → 4 837 en 2022

Les 10 communes françaises où le taux de pauvreté dépasse 45 %

Salazie (974)
53,0 %
Sainte-Foy-la-Grande (33)
51,0 %
Cilaos (974)
49,0 %
Sainte-Rose (974)
48,0 %
Roubaix (59)
47,4 %
Saint-Benoît (974)
45,9 %
Clichy-sous-Bois (93)
45,4 %
La Grand-Combe (30)
45,0 %
Denain (59)
45,0 %
Louvroil (59)
45,0 %

Source : INSEE, dispositif Filosofi (2026). Seuil de pauvreté : 1 337 € par mois.

Trente et un ans sans alternance

Contrairement à une idée reçue, La Grand-Combe n’a pas toujours été une ville communiste. Patrick Malavieille l’a lui-même reconnu dans un entretien de janvier 2023 : « il a fallu attendre 1995 pour qu’il y ait un maire communiste ». La commune avait connu des maires proches de la compagnie minière, puis des municipalités socialistes, et même une majorité de droite entre 1989 et 1995.

Mais depuis 1995, le Parti communiste n’a plus jamais rendu les clés. Patrick Malavieille de 1995 à 2001, Denis Aigon de 2001 à 2008, Patrick Malavieille de nouveau de 2008 à 2023, Laurence Baldit jusqu’en mars 2026, Pascale Eugène depuis. Et toujours, Patrick Malavieille en toile de fond : dans les discussions, sur les photos, derrière les décisions. Trente et un ans de gestion communiste ininterrompue, dont vingt et une années de mandat de maire pour le seul Patrick Malavieille, qui siège par ailleurs au conseil départemental depuis 1988 et fut député de 1997 à 2002.

Trente et un ans, c’est le temps qu’il a fallu à la Corée du Sud pour passer du sous-développement au rang de puissance industrielle. À La Grand-Combe, cela a suffi pour descendre au dernier rang national. Une prouesse qu’on ne souhaite à personne.

L’alibi de la mine ne tient plus

On nous répondra : la mine. L’argument mérite le respect, car le choc fut brutal et les Cévennes n’en sont pas responsables. Mais regardons les dates. Le puits Ricard a fermé en 1978. Celui des Oules en 1985. La dernière découverte gardoise a cessé son activité en 2001. L’essentiel du séisme industriel était donc consommé avant même l’élection du premier maire communiste de la ville. Pourtant la chute n’a fait qu’accélérer.

Surtout, cet argument suppose qu’un bassin minier serait condamné par nature. C’est faux, et il suffit de lever les yeux pour le vérifier.

Ceux qui se sont relevés

Alès, à dix kilomètres. Même bassin houiller, mêmes puits, mêmes fermetures : en 1958, le charbon faisait travailler 20 000 personnes dans le bassin d’Alès, avant l’extinction des mines autour de 1980. La ville a fait un autre choix. En 1999, elle installe le Pôle mécanique sur le carreau d’une ancienne mine : on y compte aujourd’hui 108 entreprises et plus de 1 100 emplois. La même année naît l’agence de développement Alès Myriapolis : en vingt-cinq ans, 2 000 entreprises accompagnées, 240 sociétés innovantes créées, 9 000 emplois à la clé. Ajoutez IMT Mines Alès et ses 2 000 étudiants, un incubateur, la labellisation Territoire d’industrie, et vous obtenez le deuxième pôle industriel d’Occitanie, plus de 4 000 emplois industriels, une courbe de l’emploi industriel repassée en positif, et des investissements bien réels : 25 millions d’euros chez NTN SNR Cévennes, 20 millions chez LFB Biomanufacturing, quelque 200 millions et près de 600 créations d’emplois identifiés sur le bassin pour les années à venir.

Même charbon, mêmes Cévennes, même préfecture, même État. Autre politique, résultat inverse.

Le Creusot. En 1984, le dépôt de bilan de Creusot-Loire devait signer la mort d’une ville-usine. Quarante ans plus tard, Le Creusot est l’épicentre de la relance nucléaire française : Framatome y est passé de 250 à 1 500 salariés en cinq ans et est devenu le premier employeur privé de Saône-et-Loire, aux côtés d’Industeel, d’Alstom, de Safran et de Thermodyn. Le projet Forge+ doit doubler la capacité de forge pour les réacteurs EPR et créer jusqu’à 240 emplois directs d’ici 2032. On ne pleure plus la sidérurgie perdue : on en fabrique une autre.

La Ruhr. L’un des plus grands bassins charbonniers du monde, cinq millions d’habitants, la dépopulation, le chômage de masse. En 2007, l’Allemagne a pris la décision courageuse d’arrêter les subventions qui maintenaient artificiellement les mines en vie ; la dernière, Prosper-Haniel, a fermé en décembre 2018. Entre-temps, la région s’est redéployée vers les universités, les services et les hautes technologies. Le carreau de la Zeche Zollverein, à Essen, où l’extraction s’est arrêtée en décembre 1986, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2001, et Essen a été élue capitale verte européenne en 2017. Une ancienne mine est devenue un actif économique, pas un mémorial subventionné.

Ailleurs encore. Bilbao a fermé ses hauts fourneaux et reconstruit son économie autour d’un projet urbain et culturel qui a fait école. Pittsburgh, capitale mondiale de l’acier effondrée dans les années 1980, s’est refaite autour de ses universités, de la santé et de la robotique. Aucune de ces villes n’a été sauvée par la commisération. Toutes ont été sauvées par des entreprises que quelqu’un est allé chercher.

Pendant ce temps, à La Grand-Combe

Qu’a-t-on fait, dans la vallée du Gardon, de ces trente et un ans ? Des subventions, des dispositifs, des contrats de ville, des crédits de la politique de la ville, et une ferme photovoltaïque posée sur un terril. Ce que la commune n’a pas obtenu, ce sont des entreprises. Sur les 301 établissements recensés sur son territoire, le premier chiffre d’affaires est celui d’un supermarché et le deuxième celui d’une pharmacie. Voilà tout le projet économique : consommer localement des revenus produits essentiellement ailleurs.

Carte du taux total de taxe foncière autour de La Grand-Combe (Filosofi) — La Grand-Combe est en rouge foncé.
La taxe foncière à La Grand-Combe est la plus élevée du département, ou comment dire aux entreprises qu’on ne veut pas d’elles.

C’est la signature d’une doctrine. On redistribue ce que l’on ne produit pas. On remplace l’emploi privé par l’emploi public et aidé. On regarde l’entrepreneur comme un suspect et le subventionneur comme un ami. On transforme des citoyens en administrés, et l’on appelle cela de la solidarité, alors qu’on se crée ainsi des obligés entretenus dans une situation de dépendance. Au bout du chemin, il n’y a plus ni emploi, ni jeunesse, ni recettes fiscales. Il ne reste que la dépendance, et un entresol dont on ne sort jamais.

Une ville sans opposition, une ville sans électeurs

En mars 2026, une seule liste s’est présentée aux Grand-Combiens. Tradition communiste me direz-vous. Elle a naturellement obtenu 100 % des suffrages exprimés et l’intégralité des vingt-sept sièges. Mais 57,37 % des inscrits sont restés chez eux, 7,31 % ont voté blanc et 4,54 % nul. Autrement dit, à peine un électeur sur trois a validé la liste unique.

Ce n’est pas un plébiscite. C’est le symptôme d’une ville où la vie démocratique a été si bien verrouillée que plus personne ne prend la peine de proposer autre chose, et où les habitants ont cessé de croire que leur bulletin changerait quoi que ce soit. Le monopole politique n’a jamais rendu personne prospère. Il rend seulement les bilans plus difficiles à contester.

Et pourtant, la Légion d’honneur

Le 2 juillet dernier, à la Maison du mineur, le préfet du Gard a remis à Patrick Malavieille les insignes de chevalier de la Légion d’honneur, au titre de la promotion du 31 décembre 2025.

La Légion d’honneur n’est pas –ou ne devrait pas être– une médaille d’ancienneté. Elle est censée distinguer des mérites éminents rendus à la Nation. Alors posons la question que tout le monde pense tout bas dans le bassin minier : quand la ville que l’on a dirigée pendant vingt et un ans termine parmi les dix villes les plus pauvres de France, avec le record national de chômage et deux tiers de sa population envolée, alors que la ville voisine, frappée par les mêmes fermetures, créait 9 000 emplois, que récompense-t-on au juste ?

Décore-t-on un bilan, ou décore-t-on une carrière ? Et si c’est le bilan, alors il faut le dire franchement : ce n’est pas la Légion d’honneur qui s’imposait, c’est une légion du déshonneur, celle des idéologies que l’on continue d’honorer pendant que les gens qu’elles ont appauvris dépérissent et s’en vont.

Partout le même résultat

Car il n’y a là aucune singularité cévenole. Le communisme a été appliqué sur tous les continents, dans des cultures, des climats et des économies sans rapport les uns avec les autres, et il a produit partout les mêmes effets : la pénurie, l’exode, le contrôle, et bien souvent la mort à une échelle que le siècle dernier n’a pas fini de digérer. Union soviétique, Chine de Mao, Cambodge, Corée du Nord, Cuba, Venezuela : la liste est longue et les excuses commencent à manquer.

En France, le communisme n’a jamais eu le pouvoir d’État, et l’on nous explique donc qu’il n’a jamais été essayé. C’est faux. Il a été essayé, à l’échelle des communes, pendant des décennies, avec de l’argent public et des mains libres. La Grand-Combe est l’un de ces laboratoires. Le résultat est sous nos yeux, dans un tableau de l’INSEE.

Ce que méritent vraiment les Grand-Combiens

Les habitants de La Grand-Combe n’ont pas démérité. Ils sont descendus à 800 mètres sous terre pour en remonter le charbon qui a chauffé la France et fait tourner sa marine. Ils ont payé le prix de la désindustrialisation avant tout le monde. Ils méritent mieux qu’un classement humiliant et une cérémonie.

Ce qu’il leur faut, ce sont des emplois privés, donc des entreprises, donc une fiscalité de production allégée, un foncier économique disponible, un désenclavement, une formation professionnelle branchée sur les besoins du bassin, et une commande publique qui cesse de partir à l’autre bout du monde. Rien de tout cela ne relève du miracle et ce n’est pas à grands coups de « cafés solidaires » ou « friperies associatives » qu’on relèvera la commune, malgré leur intérêt éventuel. Alès l’a fait. Le Creusot l’a fait. La Ruhr l’a fait. Tout cela relève de choix politiques que l’on refuse de faire depuis trente ans dans cette vallée.

La vraie décoration que l’on doit aux Grand-Combiens, ce n’est pas un ruban rouge. C’est un travail et une fiche de paie.

Alexandre Allegret-Pilot, député UDR de la 5e circonscription du Gard

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