L’université de Californie à Los Angeles (UCLA) vient de publier ses chiffres. Premier cycle : 60 % de femmes, 38 % d’hommes, 1 % de « non-binaires ». Encore un effort. Quand l’UCLA comptera enfin 0 % d’hommes, la « parité » sera, paraît-il, atteinte.
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On rit. On a tort. Car cette dérive n’est pas un accident : c’est le produit logique d’une décision idéologique, prise il y a cinq ans, et que la France est en train de copier au moment précis où l’Amérique fait machine arrière.
En 2020, l’UCLA décide la suppression des examens standardisés d’entrée. Motif officiel : « l’équité », la sous-représentation des femmes et des étudiants noirs et hispaniques. Un examen identique pour tous, anonyme, indifférent au nom et au quartier, est décrété coupable. UCLA devient « test-blind » : même si vous présentez vos résultats, on refuse de les regarder.
Voilà pour la théorie. Et la réalité ?
La réalité, c’est l’étude d’Opportunity Insights, le centre de recherche de Harvard. Sa conclusion est dévastatrice : le score au test prédit mieux la réussite à l’université que les notes du lycée. À Dartmouth, les notes du secondaire n’expliquent que 9 % de la variance des résultats universitaires. Le test standardisé seul en explique 22 %. Il est le meilleur prédicteur pour tous les groupes, y compris les plus modestes.
Pire : en supprimant l’examen, on n’a pas aidé les pauvres, on les a punis. Beaucoup d’élèves brillants issus de milieux défavorisés s’autocensurent et ne transmettent pas un score qui les aurait fait admettre.
Mais le réveil arrive : le MIT, Dartmouth, Yale, Harvard, Brown, Penn, Cornell, Caltech…ont rétabli l’examen obligatoire. La doyenne de Harvard l’a dit sans détour : une information aussi prédictive est précieuse pour « repérer les talents sur tout l’éventail social ». L’Amérique sérieuse a tranché. L’examen n’est pas l’ennemi du pauvre, il est son meilleur avocat.
Et la France ? La France, fidèle à elle-même, ramasse l’idée morte au moment où les autres la jettent.
Premier exemple, Sciences Po. En 2019, sous la direction de Frédéric Mion, l’institut annonce la suppression de son concours écrit d’entrée. Désormais, on entre « sur dossier » de quatre critères dont la « motivation » et le « profil ». Le mot d’ordre, là encore : davantage « d’équité » et de « diversité des profils ». Traduction : l’épreuve anonyme, ce rempart contre le piston, est remplacée par l’appréciation d’un dossier, c’est-à-dire par le piston.
Second exemple, plus grave encore. En mai 2025, la ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne présente son plan « Filles et maths ». Au programme, des objectifs chiffrés de féminisation des classes préparatoires scientifiques : 20 % de filles en 2026, 30 % en 2030, jusqu’à 40 % en 2035. Les chiffres sont en valeur relative et non en valeur absolue : il s’agit donc d’enlever Pierre pour mettre Sophie. Et cette phrase, prononcée au Sénat le 5 juin 2025, qui devrait figurer dans tous les manuels de sophisme : « Le niveau va monter si l’on augmente la proportion de filles. »
Arrêtons-nous une seconde. Imposer un quota de sexe ferait monter le niveau d’une sélection ? Bienvenue en URSS. La motivation de cette stratégie est évidemment « paternaliste » et sexiste. De nombreuses formations comportent davantage de femmes que d’hommes : l’ENM (76% de femmes), Médecine (67% de femmes), Vétérinaire (70% de femmes), Pharmacie et odontologie (65% de femmes), Biologie (60% de femmes), paramédical (84% de femmes)… si bien que les femmes représentent 56% des étudiants et 59% des Masters à l’université. Ici, l’État ne réclame aucun quota, aucun objectif sexué.
Passons cette hypocrisie et revenons au sujet précis : soit ces filles ont de meilleures notes que les garçons admis, et alors un concours anonyme, aveugle au nom et au sexe, les classe déjà devant eux et les prend : aucun quota n’est nécessaire. Soit il faut un quota pour les faire entrer, et c’est donc qu’elles sont sous la barre, et que l’on évince des garçons situés au-dessus : le quota abaisse mécaniquement le niveau. Soit le test n’est pas bon, il faut alors savoir ce qu’on cherche à tester. Dans tous les cas, « un quota qui élève le niveau » est « un cercle carré ».
Elisabeth Borne a inventé la sélection par le bas qui tire vers le haut.
Le chiffre qu’elle ne cite jamais, c’est la stabilité. La part de femmes parmi les diplômés ingénieurs est passée de 22 % en 2000 à 30 % en 2023 : trente ans pour huit points, puis un palier. En prépa scientifique, les filles sont 38 % des candidates et 32 % des admises. La féminisation n’a rien à voir avec le niveau, elle a tout à voir avec la discipline. À Polytechnique, sommet de la sélection scientifique, 17 % de femmes parmi les entrants en 2024. En BCPST, la voie bio-véto, bien moins mathématique, elles sont 70 %. Tout se déroule en amont, au lycée : 38 % des bachelières choisissent une filière scientifique, contre 72 % des garçons. Faut-il s’étonner que des groupes différents puissent avoir des appétences différentes et ne soient pas statistiquement rigoureusement identiques ?
Cadeau empoisonné
Mais surtout, qui a creusé ce déséquilibre ? L’État macroniste lui-même. La réforme du lycée de 2019 a vidé les mathématiques de leurs élèves filles : le nombre de lycéennes de terminale suivant six heures de maths par semaine a chuté de 42 % en deux ans. Les filles sont 56 % des terminales générales, mais 40 % seulement en spécialité maths, le niveau le plus bas depuis 1994. Voilà le tour de force : l’État assèche le vivier d’un côté, puis impose un quota de l’autre pour masquer les dégâts…il viendra niaisement s’étonner de la chute générale du niveau dans un troisième temps, puis nous expliquera qu’il est essentiel d’importer des talents dans un quatrième. On provoque l’hémorragie à la source et l’on pose le garrot trois étages plus bas, sur la jambe du voisin.
Le pire, c’est que ce quota humilie celles qu’il prétend servir. L’économiste Thomas Sowell l’a démontré il y a quarante ans dans Affirmative Action Around the World : la discrimination dite « positive » jette le soupçon sur tous les bénéficiaires supposés du dispositif, y compris ceux qui n’en avaient nul besoin. Demain, chaque polytechnicienne, chaque normalienne devra se défendre d’un procès qu’elle n’a pas demandé : « Tu y es grâce au quota. » Voilà le cadeau empoisonné que la gauche et la macronie font aux femmes au nom d’un simulacre de justice qu’elles ne demandent pas.
Car ne nous y trompons pas sur la mécanique. Supprimer le concours, instaurer le quota par sexe, c’est toujours la même opération : remplacer une règle objective, anonyme, égale pour tous, par une appréciation discrétionnaire, donc politique. Ce n’est pas plus de justice, c’est moins de liberté et plus d’arbitraire.
Et le prix, nous le paierons comptant. Dans la compétition mondiale pour les talents, un pays qui renonce à sélectionner les meilleurs par la compétence se désarme lui-même. L’Amérique l’a compris et corrige (enfin) le tir. La France, elle, démantèle ses concours et impose ses quotas et cibles sexuées, pendant que ses élites expliquent doctement que le niveau « va monter ». Il ne monte jamais. Il baisse, partout, toujours, dès qu’on remplace le mérite par la posture.
L’examen républicain, ce concours anonyme où le fils de l’ouvrier coiffe au poteau l’héritier, fut l’une des plus belles inventions françaises. La gauche, qui prétend défendre le peuple, est précisément en train de le détruire.
Rendons à nos enfants ce que l’idéologie veut leur confisquer : le droit d’être jugés sur ce qu’ils valent, et non sur ce qu’ils représentent.
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Tribune publiée dans Valeurs Actuelles le 3 juin 2026. Lire l’article original sur valeursactuelles.com →


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