
Alors que la commune gardoise de Bessèges affiche désormais sur ses supports officiels la formule « Bességeois·es », Alexandre Allegret-Pilot, député UDR du Gard, dénonce une dérive idéologique qui ne fracture pas seulement la langue, mais la nation elle-même. Elle s’impose, paradoxalement, à une génération qui ne sait déjà plus lire.
I. Une affaire locale, un symptôme national
« Bessegeois·es ». Voilà comment une mairie s’adresse désormais à ses habitants.
Ce signe, anodin en apparence, n’a rien d’innocent. Il dit l’époque. Une époque où une élue, dans une petite commune des Cévennes, a décidé seule, sans consultation, sans débat, qu’elle modifierait la langue avec laquelle l’institution s’adresse à ses administrés. Bessèges n’est pas un cas isolé. Toulouse, Lyon, Nantes, des dizaines d’universités, des centaines d’associations subventionnées et même certaines circulaires internes de l’État pratiquent désormais cette orthographe parallèle. La pénétration est lente, méthodique et profondément politique.
Soyons clairs : l’écriture improprement dite « inclusive » est une insulte : à la culture, à l’intelligence, à l’interlocuteur.
II. La langue, ciment de la nation
La première chose qui lie les Français, c’est la culture. La première composante de cette culture, c’est la langue.
La première marque de respect, c’est l’usage de la norme. Et la première norme partagée par un peuple, c’est la langue dans laquelle il converse.
Diverger délibérément de cette norme pour tenter d’en imposer une autre, sans son accord, ce n’est pas inclure. C’est mépriser. C’est mépriser la culture et la personne à laquelle on s’adresse.
Quelques nains incultes et névrosés tentent ainsi de piétiner rageusement les géants littéraires qui nous ont précédé et qui ont tissé, brillamment ou laborieusement, le sublime et précieux langage dont nous jouissons en héritage.
La modestie commanderait l’inverse.
C’est ce que rappelait, à sa manière, Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Quand un Français parle français à un autre Français, il accomplit, sans même le savoir, un acte d’unité. La nation a mis des siècles à bâtir cette unité linguistique sur un territoire fragmenté entre dialectes, patois et langues régionales. Ce que l’ordonnance de Villers-Cotterêts a institué en 1539, ce que Jules Ferry a généralisé à travers l’école, des élus locaux militants le défont aujourd’hui d’un trait de point médian.
Cette démarche, verticale et autoritaire, qui vise à détruire les conventions et la culture, illustre ce que disait Léo Ferré : « le gauchisme est la salle d’attente pour le fascisme ». Il pourrit décidément tout ce qu’il touche : les syndicats, l’économie, la sécurité, l’écologie, l’immigration, l’urbanisme, la langue.
III. Une imposture technique
Techniquement, l’écriture « inclusive » ne tient pas.
Elle exclut du français les dyslexiques, les malvoyants et les élèves. Le CNRS l’a documenté : les logiciels de lecture pour aveugles butent sur le point médian. Mais l’extrême gauche n’en a cure.
Elle est rejetée par l’Académie française qui parle d’un « péril mortel » pour notre langue (déclaration solennelle, 2017). Mais l’extrême gauche n’en a cure.
Elle est interdite dans les textes officiels par circulaire du Premier ministre depuis 2017 et bannie de l’Éducation nationale en 2021. Mais l’extrême gauche n’en a cure.
Elle ne rend pas les femmes plus visibles : une étude de l’Université de Mannheim (2020) montre qu’elle complique la lecture sans modifier « les représentations de genre ». Un comparatif entre les langues suffit à montrer la bêtise de la démarche. Mais l’extrême gauche n’en a cure.
Ajoutons en effet un élément que les militants du point médian préfèrent taire : les sociétés où les langues sont les plus sexuées (l’allemand, l’espagnol, l’hébreu) ne sont pas moins égalitaires que celles où la langue est neutre (le finnois, le hongrois, le turc, qui ignorent la distinction de genre grammatical). En 2019, la chercheuse Pauline Gygax, pourtant favorable au langage « non sexiste » (sic), le concédait elle-même dans ses travaux comparatifs : la corrélation entre structure linguistique et « égalité réelle » entre hommes et femmes est nulle. La Finlande, où le mot « il » et « elle » se disent du même mot (« hän »), n’a pas éradiqué les prétendus écarts salariaux. L’Espagne — à la grammaire profondément hiérarchisée — est infiniment plus égalitaire que la Turquie — à la langue « sans genre ». Les militants totalitaires obsédés par le sexe se brisent les dents sur la réalité bien plus subtile de la vie quotidienne.
IV. Le scandale scolaire
Alors que la majorité des petits Français ne maîtrise ni la lecture ni l’écriture à l’entrée en 6ᵉ, madame le maire (la maire, la mairesse…) emploie une langue différente de celle que nos enfants tentent d’apprendre à l’école. « Qui a raison : la maîtresse ou la maire ? »
En 20 ans, les élèves français de CM1 ont perdu 22 points en compréhension de textes (étude PIRLS). Il est certain que ce genre de novlangue va améliorer les performances dramatiques de notre système éducatif, déjà sapé par le relativisme mièvre.
Les chiffres, accablants, méritent d’être rappelés. PISA 2022 : la France a perdu 19 points en compréhension de l’écrit depuis 2018, presque le double de la baisse moyenne de l’OCDE. 27 % des jeunes de 15 ans sont aujourd’hui en difficulté de lecture sous le niveau 2 de l’échelle PISA. Les évaluations nationales 2022 montrent qu’en CE1, la maîtrise de la lecture des mots à voix haute et de l’écriture chute respectivement de 2,9 et 2,2 points en un an. 28ᵉ rang mondial pour la France en compréhension écrite, derrière la Pologne, la République tchèque et l’Italie. Voilà l’état réel de notre école.
Dans ce pays qui ne sait plus lire, on impose une orthographe dérogatoire… au nom de l’inclusion.
La vérité est ailleurs : manipuler la langue pour manipuler les esprits, comme toujours avec les bolchéviques (relire le très verbeux Lénine).
Orwell, dans 1984, l’avait théorisé : la novlangue n’est pas un raffinement linguistique, c’est un appauvrissement volontaire pour rétrécir le champ du dicible, donc du pensable. Quand on remplace « Français » par « Françaises et Français », puis par « Français·e·s », on n’inclut pas davantage : on substitue à une formule que tout le monde comprend une formule qui clive volontairement, puis une autre que personne ne sait prononcer. On fabrique une langue de pseudo-élite, marqueur de tribu militante, opposée à la langue populaire et partagée, opposée à la conception française du monde.
Alors que les députés d’extrême gauche débutent leurs discours par de grandiloquents « chères et chers collègues », Desproges ridiculisait déjà cette concupiscence linguistique qui caractérise les élus démagogues : « Françaises, Français, Belges, Belges » nous disait-il avec ironie.
V. Une fracture, pas une inclusion
L’écriture pseudo-inclusive ne corrige aucune inégalité réelle. Elle fracture une communauté linguistique de 320 millions de locuteurs. En affirmant que le « tous » n’inclut pas le « toutes », elle ressort la méthode victimaire et complotiste qui, justement, contribue à fragmenter tous les raisonnements et à creuser un fossé toujours plus grand entre les sexes. Elle rigidifie notre cerveau et enlaidit la plus belle langue du monde, qui devient alors pesante, militante et puérile. De française, elle devient soviétique.
Quand un élu, investi d’un mandat institutionnel, choisit cette voie insultante, il ne s’exprime plus au nom de tous. Il divise sous couvert d’inclure.
C’est la marque de fabrique de l’extrême gauche : transformer chaque norme partagée en champ de bataille, quitte à y sacrifier ce qu’elle est censée défendre. L’Espagne podemiste, le Canada trudeauiste, les universités américaines : partout où cette idéologie a triomphé, le résultat est le même. Polarisation accrue, défiance institutionnelle, rejet populaire. Les démocraties ne se renforcent pas en émiettant leur langue commune. Elles s’effondrent.
VI. Reprendre la langue, reprendre la nation
La langue française n’appartient à aucun camp. Elle nous appartient à tous. C’est même davantage : c’est nous qui lui appartenons un peu. Céder sur ce point (médian), c’est céder sur ce qui nous unit.
Il faut donc agir. Légiférer, pour interdire l’écriture inclusive non seulement dans les actes officiels de l’État, mais dans tous les actes administratifs et communications officielles, y compris ceux des collectivités territoriales et des organismes recevant des fonds publics. Conditionner les subventions au respect de l’orthographe française telle que codifiée par l’Académie. Sanctionner les manuels scolaires qui s’en écartent. Et confier à l’Éducation nationale une mission claire : restaurer la lecture, l’écriture, le respect de la grammaire, sans aucune considération idéologique.
Les gauchistes veulent faire sécession : dans les esprits, dans les âmes, dans le peuple.
Qu’ils se trouvent un Gauchistan.
Gardons notre pays, préservons notre langue.
La France au français, tout simplement.
