
Sur le front du très haut débit, l’autosatisfecit affirmé par le Conseil départemental du Gard contraste fortement avec la situation sur le terrain.
L’Assemblée départementale a ainsi entériné de nouvelles conventions avec l’opérateur Gard Fibre, la presse claironnant : « Le Conseil départemental fait entrer le Gard dans une nouvelle ère ».
À ce stade et comme sur tous les sujets d’aménagement du territoire : beaucoup d’annonces, peu de résultats.
S’il est fièrement affiché que 303 communes sont éligibles à la fibre, 47 ne le sont donc pas, soit près de 14 %.
On nous parle pourtant d’un Internet « inclusif et éthique » ainsi que d’une initiative « à la pointe de l’économie sociale et solidaire ».
Derrière les éléments de langage, la triste vérité de l’abandon de nos campagnes.
14 % de communes pour lesquelles la solution proposée consiste souvent en une nouvelle ponction financière sur les habitants de zones rurales déjà en cruel déficit d’attractivité et en manque de services publics.
Anodins ? Insignifiants ? Citoyens de seconde zone ? La promesse d’un Internet « inclusif et éthique » a fait long feu.
Cela ne se limite pas à la fibre internet : prenons l’exemple des déserts médicaux.
La politique politicienne et la prédominance de la communication sur les résultats concrets pénalisent systématiquement celui qui arrive en bout de chaîne : le simple administré.
Au Pays viganais par exemple, le Conseil régional a déployé une grande opération de communication pour l’inauguration d’un centre de santé qui fait déjà l’objet de nombreuses critiques, sans aucune concertation avec les élus nationaux pour modifier structurellement l’attractivité du territoire et la disponibilité du personnel médical (formation, investissement, contractualisation, carrières en zones tendues…). Alors qu’une loi dédiée était débattue à l’Assemblée nationale, silence radio de la part des principaux intéressés : le but n’était peut-être pas tant la santé des habitants que l’organisation d’une sauterie dans l’entre-soi du Parti socialiste et avec l’argent du contribuable.
Qu’en est-il de l’infrastructure routière, me direz-vous ?
Même constat, la palme revenant peut-être à la gestion du pont de Chamborigaud, dont l’effondrement aurait pu ôter la vie à plusieurs écoliers, briser des familles… et dont la reconstruction a coûté au contribuable plus de 3 millions d’euros. Dans ces conditions, plutôt que de faire acte de contrition et de s’assurer qu’un tel effondrement ne puisse se reproduire à l’avenir, d’autant qu’il découlait visiblement d’une carence en évaluation et maintenance, les pouvoirs publics ont vanté une « prouesse exceptionnelle ».
Les Gardois se passeraient bien de telles prouesses.
Autre prouesse, la déviation routière de Saint-Christol-Lez-Alès est à l’état de projet depuis près de…70 ans. Entre le Département et la Région, chacun se renvoie la balle dans ce championnat olympique de l’indécision et de l’inaction : le projet n’est pas annulé, il est petit à petit enterré sous les procédures environnementales et les recours associatifs, les « incompréhensions » relatives au protocole de financement et autres spécialités bien françaises pour ne pas mener à bien un projet… sans pour autant assumer de le débrancher.
C’est donc « tout bénéfice », sauf pour les Gardois.
Après la fibre, la santé et les routes, le ferroviaire lui aussi passe à la moulinette de la classe politique socialiste : nous apprenions ainsi récemment, par le vice-président de la Région, que la ligne Alès-Bessèges n’arrivera (au mieux) finalement à Bessèges qu’en 2030, soit 4 années de retard par rapport au dernier calendrier. Alors que la première réunion sur cette ligne date de 2015 et que les excuses dilatoires se multiplient, notamment sur les études environnementales, on voudrait asphyxier définitivement les Cévennes qu’on ne s’y prendrait pas autrement !
Sur la fibre comme sur le reste, que répond-on aux habitants d’une circonscription rurale enclavée et qui présente un taux de pauvreté déjà 60% supérieur à la moyenne nationale ? L’aménagement du territoire attendra : sur tous ces sujets, si vous voulez une desserte égale au reste du département, il va falloir payer.
Dans un département à majorité socialiste, au sein d’une région à majorité socialiste, l’aménagement du territoire présente des déficiences qui témoignent d’un manque de vision et frôlent la rupture d’égalité entre les citoyens. Ne comptez pas sur les élus locaux lorsqu’ils reposent sur la promiscuité politique avec le NFP : ce n’est évidemment pas le maire de Mandagout qui va monter au créneau pour défendre ses administrés lorsqu’ils tirent l’alarme sur leur traitement inégalitaire en matière d’Internet.
Soulevez le délicat voile du discours et vous vous confronterez à la dure réalité du terrain.
Comment s’étonner alors du déficit d’attractivité économique de certains villages et de l’effet boule de neige que cela crée, cette désertification entraînant celle des écoles primaires, des bureaux de poste et du personnel soignant, sans parler du délabrement des infrastructures routières ou des ponts ?
D’abandon en abandon et alors que les quartiers prioritaires de la ville sont (eux) allègrement abreuvés de milliards d’argent public, c’est toujours la campagne qu’on sacrifie.
Aux côtés du Conseil régional, si le Conseil départemental fait entrer le Gard dans une nouvelle ère, c’est peut-être celle du désengagement assumé des pouvoirs publics.
Je suis député du Gard et, puisque les pouvoirs publics ont besoin d’un aiguillon pour avancer, comptez sur moi pour assumer le rôle du manadier.
Alexandre ALLEGRET-PILOT, député du Gard
