
La France traverse une crise économique nourrie par une surrégulation, venant tant de l’État français que de l’Union européenne, qui étouffe la création de valeur, déplore le député UDR Alexandre Allegret-Pilot. Agriculteurs, entreprises et consommateurs en subissent les conséquences.
La France traverse une crise économique qui ne dit pas toujours son nom. Elle se manifeste dans les exploitations agricoles en difficulté, dans la fragilité croissante de nos entreprises et dans le sentiment diffus, mais persistant chez nos concitoyens, d’un déclassement dont l’aggravation semble inéluctable. Derrière la diversité des situations, un fil conducteur apparaît : notre incapacité collective à produire de la valeur dans un environnement devenu excessivement contraint.
La surrégulation est devenue un réflexe pavlovien de notre classe politique et, par ricochet, des concitoyens. À chaque crise, à chaque tension, la réponse est la même : une nouvelle norme, un nouveau dispositif, une nouvelle contrainte. Présentée comme protectrice, cette accumulation réglementaire est en réalité le produit d’un choix assumé de la « majorité » actuelle, qui a fait de l’encadrement administratif un substitut à une véritable relance économique, de l’empilement de pansements mal taillés l’alternative au véritable soin.
La création étouffée
Cette sur-administration, qui se veut protection, entrave la création. Pire, elle coûte beaucoup et ne rapporte que trop peu. L’équilibre économique des Trente Glorieuses est rompu depuis longtemps : nous traînons une appétence pour le risque d’un peuple satisfait et vieillissant, et des « acquis » dont nous envoyons la facture aux générations suivantes.
Cette logique culmine peut-être à Bruxelles, où l’on continue de croire que la réglementation est mécaniquement profitable à nos concitoyens, indépendamment de ses effets concrets, de la taille et de la maturité des secteurs : tout doit passer au tamis du contrôleur, quand bien même il ne resterait aucun producteur. Nos gouvernements zélés (macronistes en première ligne) ne se sont pas contentés d’appliquer ce cadre : ils ont systématiquement sur-transposé, souvent au détriment de leurs propres entreprises. Ce qui est autorisé ailleurs en Europe devient interdit chez nous. Les importations demeurent libres en application des traités européens. Cette distorsion n’a rien de vertueux quand elle organise notre affaiblissement. « Game over. »
Le monde agricole en est la première victime. Des règles toujours plus nombreuses, parfois déconnectées du terrain, empêchent l’investissement, freinent l’innovation et réduisent la compétitivité. Comment s’engager dans une telle carrière avec aussi peu de visibilité, sinon celle de l’imprévu ? Lorsque nos agriculteurs sont soumis à des contraintes que leurs concurrents européens n’ont pas à respecter, ce n’est pas de la protection : c’est une entrave organisée par l’État. Pour compenser, on alloue quelques subventions et c’est ainsi que le contribuable paye pour ce que le consommateur ne paye pas… et que nos agriculteurs sont fonctionnarisés à bas bruit. C’est surtout ainsi que les gouvernements successifs tentent visiblement d’acheter leur disparition silencieuse. Cela ne passe pas.
Mais cette spirale réglementaire, une véritable bouffée délirante, ne s’arrête pas aux exploitations agricoles. Elle irrigue l’ensemble de notre économie. À force de rigidifier les règles du jeu, elle bloque les ajustements, fige les relations commerciales et empêche la prise d’initiative, qui est à l’origine de la création de valeur. Ce système ne protège ni les producteurs, ni les entreprises, ni les consommateurs… encore moins le contribuable. Il fabrique de la pénurie, de la frustration et de la défiance.
Que restera-t-il encore à encadrer ?
Lorsque la valeur ne se crée plus à la base, ce sont toujours les mêmes qui paient l’addition. Le malaise agricole s’accompagne d’une tension durable sur les prix des produits quotidiens. Ce n’est pas tant une question de marges excessives ou de comportements déviants que la conséquence directe d’un système verrouillé, où la concurrence est entravée par la bureaucratie.
C’est dans ce contexte que nous assistons, comme chaque année, au bal des négociations commerciales entre la grande distribution et les industriels, tel qu’orchestré par l’administration. En prétendant encadrer les discussions, le dispositif actuel rigidifie le marché, empêche les ajustements en cours d’année et favorise les stratégies d’attente. Il ne travaille pas sur les déterminants structurels du pouvoir de négociation, comme la concentration et la structuration des filières… alors que ce sont ces éléments qui leur permettraient de se renforcer et de développer leur position à l’échelle internationale.
Changer de pied
Si l’on veut agir réellement sur la croissance, la souveraineté alimentaire et le pouvoir d’achat, trois décisions s’imposent. D’abord, prendre acte des résultats insatisfaisants de l’actuelle administration des négociations commerciales et traiter les causes réelles des déséquilibres (concentration, structuration, accès aux marchés de capitaux propres et disponibilité de ces marchés). Une économie sous tutelle ne produit que difficilement des prix justes et de l’abondance : elle produit en revanche aisément des prix figés et des pénuries.
Ensuite, aligner les règles françaises sur le cadre européen réel ou retrouver une prééminence française dans les décisions de l’UE. À défaut de domination française, ce qui est autorisé ailleurs en Europe doit l’être en France. La surtransposition est une faute économique lorsqu’elle ne peut être imposée à nos importations. Elle pénalise nos filières sans apporter de protection supplémentaire aux consommateurs.
Enfin, sortir d’une régulation idéologique pour revenir au pragmatisme. Le pouvoir d’achat ne se décrète pas à coups de lois symboliques. Il se construit par la concurrence, la liberté contractuelle et la capacité des acteurs à s’adapter aux réalités du marché : donnons aux Français l’envie (et surtout l’intérêt économique) d’investir dans les entreprises de leur territoire, aidons nos agriculteurs et nos industriels à se renforcer. C’est seulement par cet effort – certes plus ardu qu’une rigidification administrative d’un processus de négociation – que nous retrouverons une France productive et souveraine.
Lien vers la tribune complète : https://www.lejdd.fr/economie/normes-quand-paris-et-bruxelles-organisent-notre-decrochage-economique-166542


